Après les concubines de Chine, Axelle de Russé nous emmène dans les prisons du Vénézuéla. Elle a réalisé cette surprenante photo humaniste, qui tranche avec la réalité de l’univers carcéral.
PRISON DE FEMMES, VÉNÉZUÉLA. Souvent, le photographe qui part réaliser un sujet a inconsciemment en tête certaines images toutes faites. Axelle de Russé imaginait raconter la dureté de la vie carcérale - une réalité - au Vénézuéla - avec les codes habituels (gardiens, barreaux...) Mais cette scène inattendue - quatre jeunes filles dans cette chambre d'adolescent ordinaire - l'a surprise et touchée. Résultat, cette photo atypique et pleine d'humanité.
Léa Hamoignon est photojournaliste depuis deux ans. Cette image est extraite de son reportage Christine, la rue et les mecs, pour lequel elle a suivi une femme SDF pendant une année. Ce sujet a été publié dans le Monde 2 en début d’année.
CHRISTINE S'APPRÊTE À DONNER DES COUPS DE PIEDS À OLIVIER, QU'ELLE NE VEUT PLUS VOIR DANS SON CABANON. Léa Hamoignon, craignant que ça ne dégénère, menace Christine et Olivier de prendre des photos s’ils ne cessent pas de se battre. Ils oublient la présence de Léa mais le clic de l’appareil les interpelle comme un arrêt sur image. Ils se rendent ainsi compte de la violence de leurs actes.
Camera Make: Canon
Camera Model: Canon EOS 5D
Image Date: 2008:04:13 16:43:42
Flash Used: No
Focal Length: 24.0mm
CCD Width: 8.15mm
Exposure Time: 0.125 s (1/8)
Aperture: f/3.5
ISO equiv: 800
Exposure Bias: -0.33
White Balance: Auto
Metering Mode: Matrix
Exposure: program (Auto)
Dung Vo Trung est un photojournaliste indépendant vivant à Paris (son blog). Il se rend régulièrement au Cambodge pour couvrir le procès des Khmers rouges. Un procès où les photographes ne peuvent approcher les prévenus.
PROCÈS DES KHMERS ROUGES (2009), PHNOM PENH, CAMBODGE. Les journalistes cantonnés dans la salle de presse n’ont pas accès aux prévenus. Ils ne peuvent les photographier qu’au travers un écran plasma (ici, un photographe de Magnum). Les journées sont longues, rythmées par les pauses cafés et les tentatives pour approcher les avocats et les témoins.
Camera Make: NIKON CORPORATION
Camera Model: NIKON D300
Image Date: 2009:04:08 05:48:14
Flash Used: No
Focal Length: 22.0mm (35mm equivalent: 33mm)
Exposure Time: 0.017 s (1/60)
Aperture: f/4.0
ISO equiv: 400
White Balance: Auto
Metering Mode: Matrix
Exposure: program (Auto)
Pascal Bastien est photojournaliste indépendant, notamment pour la presse quotidienne (Libération, le Monde, la Croix). Il a réalisé cette photo singulière lors des manifestations en marge du sommet de l’Otan à Strasbourg.
ARRESTATION D'UNE JEUNE MILITANTE PACIFISTE, FORÊT DU NEUHOF, STRASBOURG. Sur ce genre de manifestation, ce n'est pas toujours évident pour les photographes de trouver des photos originales, qui tranchent avec les codes habituels (jeunes en cagoule, CRS menaçants...). Pascal Bastien réussit ici une image très graphique et très poétique. Témoignage d'une situation, comme il l'explique, surréaliste et surtout un peu ridicule.
Lena Tritscher est étudiante et photographe. A Strasbourg, elle réalisait son tout premier reportage, avec l’appréhension de ne pas être à la hauteur. Elle est notamment l’auteur de l’image ci-dessous, une mise en abîme du travail de photographe de presse.
« Je suivais les manifestants pacifistes et Black-Blocks depuis le matin au Campement. Il est alors 13 heures quand un Black-Block entouré de photographes de presse immortalise ses amis devant les débris de l’ancienne douane de Strasbourg/Kehl. Au moment où je déclenche, d’autres se précipitent derrière moi pour les photographier ; un membre du Black Blocks – à droite de la photo – rejoindra le groupe. Incontestablement ceci prouve l’attention réussie donnée par les Black Blocks vis-à vis des médias. La « photo-souvenir » suivra dans la vingtaine de minutes : une station-essence saccagée, un hôtel et une pharmacie incendiés. »
Deuxième photographie, ici de reportage, signée Gil Fornet après son portrait d’Antoine Sfeir. Le photojournaliste explique ici la nécessité de transparence dans sa démarche. Et ce afin de se faire accepter. Puis oublier.
FEMME EN PRIÈRE, TEMPLE HINDOUISTE, PARIS, 18ÈME ARRONDISSEMENT. Dans ces lieux clos, le photojournaliste doit forcément se faire accepter pour réaliser ses images. Pour ce projet personnel et oécuménique, Gil Fornet a pris le temps de revenir très régulièrement dans les temples, églises, mosquées, synagogues... qu'il photographiait. Une condition sine qua none pour travailler ensuite sereinement.
Le photojournaliste n’est pas condamné à montrer la souffrance. Il photographie aussi des moments joyeux. Antonin Sabot raconte les coulisses de cette image, réalisée lors d’une partie de pêche à la dynamite chez les indiens Jivaros.
PARTIE DE PÊCHE À LA DYNAMITE CHEZ LES INDIENS SHUARS (JIVAROS), ÉQUATEUR. Pour réaliser ce cliché à ras de l'eau, le photographe a du réaliser un difficile numéro d'équilibriste : ne pas noyer son boitier, anticiper les déplacements du plongeur et surtout, ne pas se casser la figure dans le torrent.
Edward Linsmier est un photojournaliste américain. Il a travaillé plusieurs années pour une ONG dans les Caraïbes (Haïti, Jamaïque, Porto Rico…). Photographiant au plus près la misère extrême (faim, maladie, catastrophes).
EDWARD LINSMIER : On voit cette femme qui a une malformation physique depuis la naissance et qui est obligée de se déplacer de cette manière. Cette image parle de la dureté de son existence. La plupart des gens ne peuvent pas se l’imaginer : la voir ainsi, glisser dans ce paysage rude…
Cette photo n’a pas été facile à prendre. Techniquement oui, mais émotionnellement non. J’ai eu une vision de cette photo avant de déclencher, j’ai regardé cette femme ramper vers moi. Elle a levé la tête et nos regards se sont croisés. J’ai sorti mon appareil et commencé à photographier….
Peut-être était-ce inapproprié ? Avais-je fait tout ce chemin pour faire cette photo d’une femme infirme ? Il a fallu que je m’interroge sur mes propres motivations. Qu’est-ce que je voulais dire avec cette photo ? A titre personnel, ce sont toujours des situations très compliquées à vivre. Mais ce sont ces images, les plus difficiles à faire, qui m’ont fait avancer dans mon propre cheminement de photographe.
« Vous réduisez une personne à un élément de composition »
Quand vous prenez une telle photo, vous réduisez forcément une personne humaine à un élément de composition de votre image. Vous commencez par sympathiser avec elle. Mais lorsque vous armez votre appareil photo, c’est comme si vous faisiez un pas en arrière, comme si vous éleviez un mur entre vous et elle.
C’est évidemment toujours un être humain. Mais dans votre viseur, les gens deviennent pour vous des lignes, des formes, de la lumière. Tout à coup, vous essayez au maximum de faire de leur drame quelque chose d’artistique…
FEMME HANDICAPÉE, RÉGION DES GONAÏVES, HAÏTI (2008). Venu à Haïti avec un journaliste au moment des tempêtes de l'automne dernier, Edward Linsmier a fait cette photo dans un petit village ravagé dans les inondations. Il explique que même dans cette région rurale,et reculée, les gens ne sont pas dupes et savent très bien que le photographe blanc vient ici pour photographier leur situation dramatique.
Cette photo a été réalisée avec un Leica M6 TTL, et un objectif Carl Zeiss 25 mm. Ouverture f/11. Durée d’exposition : 1/500. Type de fim : Kodak tri-X 400 speed, noir & blanc
Un extrait du documentaire « War photographer » où James Nachwey explicite sa démarche de photojournaliste comme un témoignage, une quasi cartographie de la souffrance humaine.
Au travers l’expérience à Madagascar de Carl Hocquart pour Reuters (voir sa première photo), l’Oeil du viseur continue de parler de la photo de news. Où le photojournaliste navigue à vue et où beaucoup de ses images se révèlent inutiles.
SOLDATS À L'ASSAUT DU PALAIS PRÉSIDENTIEL, PÉRIPHÉRIE D'ANTANANARIVO (MADAGASCAR), 17 MARS 2009. Couvrant ces évènements pour Reuters et à ce moment précis, Carl Hocquart ne sait alors pas si cette attaque n'est qu'un feu de paille ou alors la prise du palais présidentiel. Dans le doute, il décide alors de suivre ces soldats, réalisant notamment cette image. Finalement, cette attaque n'aura été qu'une action bravache de soldats un peu avinés.